Troisième chronique :
Paris, le 11 mai 2025
Ce dimanche, le Monoprix situé sur l’avenue de Vaugirard, dans le 15e arrondissement de Paris, fonctionne à effectif réduit. Dès midi, le personnel habituel quitte les lieux. En remplacement, une équipe composée de deux agents de sécurité SSIAP 1 et de deux agents de sécurité privée est déployée. Le cadre de permanence remet les clés à l’équipe, qui prend en charge la sécurité du site jusqu’à la fermeture, prévue à 20 heures.
Leur mission : assurer la continuité du service, veiller à la sûreté des lieux, et, en fin de journée, activer les systèmes d’alarme. Une fois enclenchée, la surveillance est confiée à un centre de télésurveillance à distance, chargé de protéger le site durant la nuit.
Une routine en apparence… seulement :
Derrière ce dispositif bien rodé se cache une réalité plus complexe, faite de polyvalence imposée, d’attentes implicites et de responsabilités croissantes. Sous les néons du magasin, les agents endossent un rôle à la fois discret et essentiel.
Surveillance en continu :
En poste à proximité des caisses automatiques, les agents observent le flux constant des clients. Leur tâche principale : s’assurer que chaque article est correctement scanné avant la sortie. Une présence dissuasive, mais également attentive au moindre comportement suspect.
« Le simple fait d’être visible suffit parfois à prévenir les tentations, mais il faut rester extrêmement vigilant. Un regard trop appuyé, un mouvement hésitant… tout peut être significatif. », explique un agent présent ce jour-là.
Des missions qui dépassent le cadre réglementaire :
Au fil de l’après-midi, les interventions se multiplient. On sollicite l’un des agents pour retirer un antivol resté sur un article. Plus tard, une caisse automatique tombe en panne à cause d’un bourrage papier. Pourtant, le Code de la sécurité intérieure (C’APS) interdit explicitement aux agents de manipuler ces équipements. Mais en l’absence de personnel technique, face à une clientèle pressée, les agents prennent souvent l’initiative de régler le problème eux-mêmes.
Un glissement de fonctions devenu monnaie courante dans le secteur. Le rôle de l’agent dépasse désormais la simple prévention pour toucher à l’assistance technique, au service client, voire à la logistique légère.
TÉMOIGNAGE — “On devient des agents multi-usages”
“Nous sommes censés assurer la sécurité. Mais dans les faits, on nous demande beaucoup plus : aider les clients, débloquer les caisses, répondre aux demandes du personnel, gérer les flux. Officiellement, ce n’est pas dans notre fiche de poste. Mais en réalité, nous devenons des agents multi-usages. Et bien souvent, il est difficile de refuser.”
— Agent de sécurité, sous anonymat
Fermeture sous tension :
À partir de 19 heures, les agents entament la procédure de fermeture : verrouillage des issues de secours, vérification des zones sensibles, mise en sens interdit de la porte principale à 19h45. Le magasin se vide progressivement.
Mais à 20 heures, heure théorique de fermeture, plusieurs clients retardataires viennent perturber le déroulé. Certains sont encore en caisse, d’autres sortent à peine. L’ambiance, jusque-là contrôlée, devient tendue.
À 20h15, un problème survient : la porte coulissante principale, côté avenue de Vaugirard, refuse de se fermer correctement. Plusieurs tentatives sont nécessaires avant qu’elle ne soit enfin sécurisée.
Retour au PC Sécurité. À 20h20, l’équipe contacte la permanence de la société de sécurité pour transmettre un compte rendu rapide, justifiant le retard dans la fermeture. Un rapport d’incident matériel est rédigé dans la foulée.
L’alarme n’est activée qu’à 21 heures. Deux agents restent sur site jusqu’à cette heure, bien au-delà du service prévu. Reste à savoir si ces heures supplémentaires seront effectivement rémunérées par l’employeur.
Une fonction en mutation
Ce dimanche ordinaire révèle une facette méconnue du métier : celle d’un agent de sécurité constamment sollicité, qui jongle entre exigences réglementaires, attentes opérationnelles et devoir de résultat. Une fonction en perpétuelle extension, souvent mal reconnue par les clients… et parfois ignorée par les employeurs eux-mêmes.

