Chronique d’un agent de sécurité, de Val de Fontenay au ministère de l’Économie et des Finances, 2003 – 2025 Témoignage d’un agent de sécurité — 22 ans d’engagement, et une réalité toujours plus précaire,

En 2003, j’avais 31 ans. C’est à cet âge que j’ai décroché mon tout premier CDI comme agent de sécurité, au sein d’une grande entreprise de sécurité privée à dimension multinationale, alors leader dans son secteur.
Cette entreprise — qui se reconnaîtra sans peine — prônait la professionnalisation des métiers de la sécurité privée. J’y ai cru. Malgré moi, j’y ai cru.

  • J’y suis resté 22 ans. J’ai fini par partir, par choix, mais surtout par lassitude. J’ai démissionné, avec la conviction que les valeurs de départ s’étaient diluées dans les logiques de rentabilité à tout prix.

Revenons un instant en arrière.

En juin 2003, sur un coup de tête, j’ai quitté Marseille. J’y avais un appartement et un poste de rondier itinérant sur le port, un lieu mythique que je sillonnais chaque jour avec passion. Je couvrais toutes les portes du port, mais celle qui m’a le plus marqué, c’est la porte 79, sur le quai de la Corse.

À bord de ma petite Saxo blanche, je parcourais près de 100 kilomètres par jour pour sécuriser conteneurs, entrepôts et parcs automobiles destinés à l’exportation.

J’ai connu aussi l’envers du décor : des vacations interminables, de 6h à 20h, pour 20 euros par jour. Travailler au noir, juste pour survivre. De quoi m’acheter un sandwich, et payer une chambre d’hôtel dans le quartier populaire du Panier, aux côtés d’une génération de travailleurs immigrés tunisiens.

Quand je suis arrivé à Paris, j’ai trouvé refuge à Aubervilliers. Pour tenir le coup, j’ai accepté un poste dans une entreprise de nettoyage industriel à Brétigny-sur-Orge : Grenelle Service. Mais la fatigue, les trajets, les horaires… tout devenait trop lourd. Dès que j’ai touché mon premier salaire, en octobre 2003, j’ai décidé d’investir dans une formation en sécurité incendie (ERP1) chez Acte 1 Formation.

J’ai été accueilli par le directeur, aujourd’hui retraité — un homme humain, qui a cru en moi. Il m’a permis de suivre la formation à crédit, avec un échelonnement des paiements. Grâce à lui, j’ai pu poser les bases de mon avenir professionnel.

Le 20 octobre 2003, alors que j’étais à quelques minutes de passer l’examen final, j’ai reçu un appel d’un responsable d’exploitation d’une entreprise bien connue du secteur. Il s’intéressait à mon profil pour un poste d’agent SSIAP 1 sur un site bancaire de la Société Générale à Val de Fontenay.

Je lui ai expliqué ma situation. Il m’a souhaité bonne chance et m’a demandé de le rappeler une fois l’examen terminé. Il m’a également recommandé de demander une attestation provisoire de réussite à l’assistante du centre. Cette même assistante est aujourd’hui directrice générale du centre. Elle a évolué, pendant que moi, malgré mes efforts et ma volonté, je suis resté chef d’équipe SSIAP 2.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je suis censé assurer la sécurité des biens et des personnes. Mais sur le terrain, je me retrouve à devoir coopérer avec des agents “de passage”, envoyés en urgence pour combler les absences ou les erreurs de planning.
Des collègues sans motivation, parfois sans réelle formation, surnommés “les touristes” par d’autres agents. Leur mission ? Chauffer la chaise, passer le temps, faire acte de présence.
Et pendant ce temps-là, ceux qui aiment leur métier, ceux qui le vivent avec rigueur et conscience professionnelle, doivent jongler, compenser, encadrer.

Ce n’est pas simplement une histoire personnelle. C’est un signal d’alarme.
Le métier d’agent de sécurité, pourtant essentiel, est en train de se vider de son sens, de sa dignité, de son professionnalisme. On nous demande toujours plus, avec toujours moins de moyens, de reconnaissance, de respect.

Chronique à suivre…

  • Aujourd’hui, il est urgent de revaloriser le métier d’agent de sécurité, de garantir des conditions de travail dignes, des plannings respectés, une formation continue réelle, et une reconnaissance à la hauteur des responsabilités assumées chaque jour.
  • Nous ne demandons pas des privilèges. Nous exigeons le respect.
    Le respect du travail, du savoir-faire, de l’engagement.
    Le respect de celles et ceux qui veillent, de jour comme de nuit, sur la sécurité des autres.
  • Ce métier mérite mieux.
    Et nous, agents de sécurité, méritons d’être enfin entendus.