Deuxième Chronique :
CHRONIQUE D’UN AGENT DE SÛRETÉ : QUAND L’ÉTHIQUE S’EFFONDRE DANS LA SÉCURITÉ PRIVÉE
Mardi 6 mai 2025, 14h. Je prends mon service en tant qu’agent de sûreté au Monoprix de Vincennes.
Une mission en apparence ordinaire. Et pourtant, une simple pause café va suffire à me bouleverser profondément. Non pas à cause d’un incident exceptionnel, mais à cause de ce qui est devenu, dans notre secteur, terriblement banal : l’usure silencieuse, la souffrance invisible, et l’abandon de toute éthique par une grande partie des entreprises de la sécurité privée.
La récente condamnation de la société Protectim Sécurité par le CNAPS en est une illustration parmi tant d’autres.
Une pause, un témoignage, un choc
À 18h, ma courte pause de 30 minutes commence. Déjà épuisé par des heures de station debout, j’échange quelques mots avec un collègue, plus âgé que moi. Il a 63 ans.
Je lui demande s’il a mal aux genoux. Il me répond :
“Oui, tous les jours.”
Il lui reste deux longues années avant de pouvoir partir à la retraite. S’il y parvient…
Il n’y croit pas. Non pour des raisons économiques, mais parce que les conditions de travail nous brisent physiquement avant même l’âge légal de départ.
Ce collègue est employé par la société titulaire du marché Monoprix. De mon côté, je suis salarié d’une entreprise sous-traitante, pour un CDD de 4 mois que je compte bien terminer le 13 juin prochain, sans aucun regret. Je tairai son nom : elle ne mérite ni publicité, ni reconnaissance, malgré un lien personnel ancien avec leur direction. Cette entreprise symbolise tout ce que je dénonce aujourd’hui.
Le chantage au contrat partiel
Mon collègue a dû accepter, sous pression, de réduire son contrat à temps partiel (90 heures/mois). Non pas par choix, mais par nécessité physique. Son corps ne tient plus les longues vacations debout.
Il demande régulièrement un aménagement de planning : des vacations de 6 à 8 heures, compatibles avec son état de santé. Pourtant, mois après mois, son planificateur lui impose un rythme intenable, avec des journées de 10 à 12 heures.
Où est passée la médecine du travail ?
Nous posons une question simple, mais essentielle :
La médecine du travail est-elle encore indépendante ou est-elle devenue l’outil docile des employeurs ?
Pourquoi se tait-elle face à de telles dérives ? Pourquoi refuse-t-elle d’imposer des aménagements pourtant prévus par la loi ?
Ce n’est pas une simple affaire de gestion RH. C’est une question d’éthique, de santé publique, de dignité humaine.
Pouvoirs publics : ouvrez les yeux
Les agents de sûreté ne sont pas des machines. Nous sommes des êtres humains, avec des corps et des limites.
Nous interpellons les pouvoirs publics : il est temps de s’intéresser sérieusement aux conditions de travail dans la sécurité privée. Ce secteur, déjà précaire, est devenu le terrain de jeu de patrons voyous, experts en contournement des règles et en exploitation des plus vulnérables.
Pour ma part, je quitterai ce métier le 13 juin prochain. Mais je refuse de partir sans témoigner, sans dénoncer, sans agir.
Un appel à toutes et à tous
Collègues, ne restez pas isolés.
• Faites entendre vos voix.
• Rapprochez-vous des syndicats.
• Demandez des rendez-vous avec la médecine du travail.
• Exigez des plannings aménagés.
Ensemble, nous avons du poids.
Ensemble, nous pouvons faire changer les choses.
Ensemble, nous devons mettre un terme à cette hypocrisie.
Cette chronique n’est pas un adieu. C’est un appel à la mobilisation.
Pour que la sécurité privée redevienne un secteur où l’on travaille avec respect, pas dans la souffrance.
Syndicat SPS – Sécurité Privée et Sûreté
Engagé pour la dignité, la santé et la justice sociale des agents de sécurité.

