Samedi 17 mai 2025 – Ma grasse matinée vole en éclats, brisée par un post glaçant. Publié sur LinkedIn par un dirigeant d’une entreprise de sécurité privée, il agit comme une douche froide. Derrière une ironie cinglante, il révèle une vérité brutale :

« Un client m’appelle.
Il me dit : “Je veux des agents typés européens.”
Ma réponse ? “Nous ne travaillerons pas ensemble. Au revoir.” Raccroché.
Pourquoi ? Parce que l’excellence n’a pas de couleur.
Parce que juger un professionnel sur son apparence, c’est piétiner sa compétence, son engagement, son intégrité.
En 2025, cette mentalité est une insulte à l’intelligence.
Une porte se ferme ? Dix autres s’ouvrent, porteuses de valeurs plus nobles »

Un témoignage brut, sans détour, éclairant.
Et pour moi… tristement familier. Car ce que certains découvrent aujourd’hui avec indignation, je l’ai vécu. En silence. Il y a plus de vingt ans.

Une réalité ancienne, mais toujours actuelle.

Dès mes débuts dans la sécurité privée, ces pratiques existaient.
Derrière des critères soi-disant “professionnels”, se cachaient des exigences à peine voilées — parfois même ouvertement racistes.

Je pense à cette mission dans une grande entreprise industrielle à Croissy-Beaubourg.
J’étais affecté à la surveillance incendie d’un site voisin. Là-bas, seuls les agents au “profil européen” étaient tolérés.
Jamais écrit, jamais assumé, mais parfaitement appliqué.
Les plannings, que j’ai consultés — et conservés pendant des années — parlaient d’eux-mêmes.

Aucun doute : le client imposait ses préférences, et l’entreprise s’exécutait.

L’hypocrisie d’un système bien huilé.

Le plus révoltant ?
Ces agents “conformes” recevaient une prime qualité de 350 € par trimestre.
Officiellement pour récompenser leurs performances.
Officieusement ? Pour récompenser leur apparence.

Et ceux d’origine maghrébine ou subsaharienne ? Écartés systématiquement.
Même pour un remplacement d’une journée.
Une consigne non écrite, mais scrupuleusement suivie par l’équipe d’exploitation.

L’ironie ?
Cette même entreprise exportait massivement vers l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.
L’argent de ces territoires, oui.
Les enfants de ces terres ? Non merci.

Silences gênés, regards fuyants.

En 2010, élu du personnel, j’ai osé briser ce silence lors d’une réunion :

“Pourquoi ne voit-on, sur ce site, que des agents ‘de souche’ ?”

Le directeur d’agence, visiblement embarrassé, a esquivé.
Quelques jours plus tard, à l’occasion d’une visite syndicale que j’avais sollicitée, j’ai été scruté, surveillé, comme un fauteur de troubles.
Pour avoir simplement posé une question dérangeante.

Et en 2025 ? Rien n’a vraiment changé.

Le mois dernier, avril 2025, un ancien collègue, fraîchement diplômé du SSIAP 3, fort de plus de dix ans d’expérience chez le leader français de la sécurité, a jeté l’éponge.
Il avait postulé à un poste d’encadrement. Sans réponse.
Il a même candidaté comme formateur au sein du campus de formation de l’entreprise. Refus net.

Pendant ce temps, un autre collègue — quatre ans d’ancienneté, mais un nom bien français — était propulsé directeur de ce même campus.

Les preuves sont là. Les faits sont limpides.
80 % des salariés ont été révoltés par cette promotion à deux vitesses.

Le professionnalisme n’a pas de couleur.

Il se mesure à l’engagement, à l’expérience, à la compétence.
Pas à un faciès.

Le secteur de la sécurité privée, déjà stigmatisé, ne peut plus continuer à reproduire ces logiques d’exclusion.
Il mérite mieux.
Il mérite l’exemplarité.
Et l’exemplarité est diverse.

Et maintenant ?

Ce témoignage ne doit pas rester un simple cri du cœur. Il doit nourrir un débat réel, et inspirer des actions concrètes :
• Quels outils mettre en place pour détecter et sanctionner les pratiques discriminatoires dans les appels d’offres ?
• Comment instaurer des mécanismes de contrôle transparents et indépendants ?
• Quelle place accorder à la diversité dans les fonctions d’encadrement ?
• Quelles protections pour ceux qui osent dénoncer ces dérives ?

Ces questions doivent enfin trouver des réponses.
Car l’égalité ne se proclame pas. Elle se prouve. Chaque jour.

Discrimination dans les appels d’offres : ce que dit la loi française

La législation interdit strictement toute discrimination fondée sur l’origine, la couleur de peau ou l’apparence physique.

Références juridiques :
• Code du travail – article L1132-1 :
“Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement… en raison de son origine ou de son apparence.”
• Code pénal – article 225-1 :
“La discrimination est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende.”

Un client qui formule une demande discriminatoire place son prestataire face à une obligation morale et légale de refus.
S’y plier, c’est violer la loi — et trahir ses valeurs.

L’appel à la mobilisation.

Le combat continue.
Pour la justice. Pour la dignité.
Pour tous ceux et celles qui, chaque jour, assurent notre sécurité avec professionnalisme et courage, souvent dans l’ombre.

Aujourd’hui, nous lançons un appel :
À tous les agents issus de l’immigration ou victimes de discriminations dans la sécurité privée : ne restez plus seuls.

Écrivez-nous. Confiez-nous vos témoignages.
Nous les publierons — sous anonymat si vous le souhaitez — pour rendre visibles ces injustices et faire avancer les lignes.

Brisons l’omerta.
Donnons une voix à ceux qu’on préfère invisibles.